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Témoignage sur Pierre JOUBERT
par René Follet
paru dans le journal "Coureurs d'Aventures" janvier 2002

René Follet

Eternelle jouvence du sourire éclairé, du regard franc, de la culotte courte ou du mini-pagne, l'œuvre de Joubert couvre 75 ans d'observation et de rêve. Rêve qui lui permit de brandir une ronde gesticulante et colorée aux sursauts de laquelle se sont complues trois générations. Rêve mûri, rêve dessiné, vagabond quoique savamment ordonné, solide dans sa certitude, tour à tour épuré, torrentueux, serein, toujours impérativement lisible. Tantôt sérieux et poussant le scrupule à l'extrême, tantôt jouant d'un humour délicat, Joubert puisait à l'Histoire, à la vie quotidienne, au grand air sous toutes les latitudes. Il exaltait la vigueur et respectait la fragilité.

Les petits d'hommes semblent avoir façonné sa bible, accaparé sa pulsion d 'artiste au point que ses personnages adultes, déjà rares, accusaient une juvénilité à peine ridée . Sombres sapins, orgueilleux navires, rutilantes armures, dangers et bravoures eurent ses faveurs pour planter les décors. Produits d'une technique définitivement limpide, ses visages d'adolescents étaient expressifs, sans s'exonérer d'une certaine convention. Joubert n'eût pas été Joubert s'il n'avait, fasciné par l'idéal scout et ses exigences, conformé le faciès de ses garçons à une adhésion enthousiaste et unanime. Joubert s'est effacé, mais ses signes hanteront la piste.

Paru dans «Coureurs d'Aventures», janvier 2002