Pierre Joubert
 
 

Pierre Joubert, dessinateur français, est néle 27 juin 1910 à Paris, et il est décédé le 13 janvier 2002 à La Rochelle, à l'âge de 91 ans.

Il commence de dessiner très tôt, et ses cahiers d'écolier sont couverts de dessins. C'est tout naturellement qu'il entre, à 14 ans, à l'Ecole des Arts Appliqués de Paris. C'est au même âge qu'il découvre, un peu par hasard, le scoutisme. L'une et l'autre expérience, le dessin et le scoutisme, marqueront toute sa vie.

Remarqué en 1927 par Paul Coze, il publie son premier dessin en 1927, dans la revue «Le Scout de France», et il n'y aura que la cécité pour le contraindre à arrêter de dessiner.

Pierre JoubertAprès avoir travaillé à la revue «L'Illustration», il est embauché au Quartier Général des Scouts de France. Illustrateur indépendant, son travail reste surtout lié aux éditions Alsatia et aux collections Signe de Piste, ainsi qu'aux plus grands noms de la littérature scoute. Il donne ainsi un visage à de nombreux héros, parmi lesquels le légendaire Prince Éric, de Serge Dalens. Cela ne l'empêche pas de travailler pour de nombreux éditeurs: Marabout (avec la série Bob Morane d'Henri Vernes), Hachette, Ouest-France, les Scouts de France, Gautier-Languereau, de Gigord, La Flamme, les Scouts d'Europe, Bayard, Presses Pocket, Fleurus, Alain Gout … et depuis 2003 aux Editions Delahaye.

L'IMMENSITE :

Quelques chiffres en montrent la démesure: environ 15000 œuvres recensées à ce jour, plus de 1000 romans et albums - certains ayant demandé près d'un an de travail; environ 600 revues scoutes, 300 magazines, plus de 40 calendriers, des publicités, affiches, posters, sans compter les innombrables dessins personnels. Quand on analyse la complexité de composition de certaines planches aux personnages enchevêtrés, la finesse des détails, la richesse et la précision de la documentation historique — décors, costumes, machines de guerre, navires, chevaux, palais et demeures —, on reste rêveur sur la rapidité de travail de Joubert. Il faudrait deux vies! Et justement, en commençant de dessiner à quatorze ans, et en arrêtant à 90, ça fait 76 ans de travail, soit deux vies professionnelles ordinaires : ce «laborieux» du pinceau a amassé une œuvre colossale, couvert tous les thèmes, dans des styles toujours réinventés... Il a travaillé pour des maisons d'édition aussi différentes que Gautier-Languereau, les Presses de la Cité, Hachette, Ouest-France, le Seuil, les Editions Maritimes et d'Outre-Mer, Perrin, Glénat, Fleurus, Spes, Temps Futur, La Table Ronde, Albin Michel, Presse Pocket, Mame, Plon, Marabout… et pour des journaux aussi divers que Cœur Vaillant et Jeunes Années Magazine, Bayard et Métal Hurlant, Lisette etMarine Nationale…

Pierre JoubertLA VARIETE :

Certains croient que l'oeuvre de Joubert se limite à ses dessins scouts, à Signe de Piste, ou à Bob Morane. Ce sont effectivement les trois piliers de son oeuvre, car des millions de jeunes ont été scouts, ont lu des Signe de Piste ou encore Bob Morane. Les uns et les autres en ont été marqués au point de se souvenir de ces illustrations des décennies plus tard. C'est ce qui vaut régulièrement à Pierre Joubert (comme à Signe de Piste) des articles de presse, ou de simples allusions de la part de journalistes qui se souviennent avoir connu ces dessins dans leur jeunesse. Mais c'est l'arbre qui cache la forêt, car l'œuvre de Joubert ne se limite pas à ces trois grands domaines.

En survolant en rase-motte l'ensemble de son œuvre, cet album permet de découvrir la diversité des publications qui l'ont accueilli, qui vont des journaux et éditeurs catholiques traditionnels à la presse proche du Parti Communiste, son centre de gravité se situant dans l'édition et la presse pour jeunes.

Mais aussi la diversité des thèmes, car Joubert pouvait tout dessiner: l'Histoire, d'abord, sa grande passion, de la Préhistoire à nos jours, des Royaumes Barbares aux Vikings, des Mayas à la civilisation des Lumières; la Marine, dont il faisait revivre navires et grands capitaines, flibustiers et braves marins. Il avait aussi un registre d'humoriste, au travers de planches dans lesquelles il se moque du scoutisme dont il écrit par ailleurs la Légende Dorée. Il a abordé la BD sans s'y attarder, trouvant que la taille des cases ne lui permettait pas de s'exprimer; et puis, dessiner le même personnage pendant des années... Il lui fallait un renouvellement perpétuel. Il a fait aussi de la publicité, de Suchard et Lanvin à Coca-Cola; illustré Rimbaud, Stevenson, Kipling, Tournier, orné des Editions d'Art au pochoir, de «la Légende de Siegfried» au «Le Prince Igor». Ecrit un traité d'héraldique, des livres de décoration d'intérieur, et tant et tant de sujets encore...

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LA DIVERSITE DES STYLES :

Immensité et diversité de production, certes, mais Joubert n'est pourtant pas un stakhanoviste de l'illustration. Il n'a jamais produit par nécessité — même s'il fallait bien nourrir ses six enfants — mais par plaisir. Et son plaisir, c'était d'inventer en permanence de nouvelles façons de dessiner, de nouveaux styles. Et ce, jusque dans les travaux les plus humbles: du journal Scout, où il jouissait d'une totale liberté, il a fait son laboratoire, y renouvelant en permanence son style, passant du trait à la gouache, du lavis au trait anglais, de l'Art déco au figuratif, de l'humour à l'expression de la complexité psychologique d'un personnage...

Fou d'Histoire, il a peint des scènes épiques et historiquement précises, de toutes les époques; Homme de pub, il a travaillé pour l'Illustration, Coca-Cola, Berliet, Suchard, Lanvin, et fait du genre mineur du ''calendrier scout'' une œuvre d'art; Humoriste discret, il s'est moqué des petits travers de ses contemporains; Voyageur, il a rapporté dans ses carnets la France, l'Europe et l'Afrique de l'après-guerre.
Il s'excusait parfois de n'être qu'un artisan et non un artiste. Mais ce maître de la ligne pure a expérimenté toutes les techniques: le trait, le trait croisé, le trait anglais, le fusain et le pastel, la gouache, l'aquarelle, la gouache aquarellée, les encres de couleurs, la fresque, la sculpture, le vitrail, le plâtre. Coloriste audacieux, il est surtout le maître du trait et est reconnu et admiré par les illustrateurs de bandes dessinées dont certains ont été ses élèves : Mitacq, René Follet, Patrice Pellerin, Emmanuel Lepage...

Il fut parfois utilisé par des ''amis'' qui reproduisirent ses œuvres, souvent à son insu - artiste, il était au-dessus de la mêlée -, pour défendre des causes qui n'étaient pas les siennes : chrétien fervent, ouvert à toutes les idées neuves, il était hostile aux extrémismes politiques et religieux. A la fin de sa vie, il a réagi et créé une Association Pierre Joubert qui veille à éviter toute récupération ou dérapage, et fait respecter son droit moral.

Il reste, dans la mémoire de ceux qui ont rêvé sur ses œuvres, comme l'un des plus grands illustrateurs du XXème siècle au côté de Norman Rockwell, Walt Disney, Hergé, Albert Uderzo, Pierre Probst, ...

Pierre Joubert